• Non, la France n’est pas en état de légitime défense

     En jouant sur la légitime défense pour justifier les frappes en Syrie, la France s’aventure en terrain glissant et contestable.

     

    Avions Rafale de l'armée française lors d'une opération en Syrie. La France a mené dimanche son premier raid en territoire syrien contre des "sanctuaires" du groupe djihadiste Etat islamique. François Hollande a déclaré que les forces engagées dans le premier raid aérien français en Syrie avaient "atteint leur objectif" en détruisant un camp d'entraînement dans l'est du pays. /Photo diffusée le 27 septembre 2015/REUTERS/Etablissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense.

    Avions Rafale de l'armée française lors d'une opération en Syrie.

     

    Le mot est apparu depuis quelques semaines : "La France intervient en Syrie dans le cadre de la légitime défense puisque des attentats y sont préparés contre nous." Légitime défense. Mais d’où vient ce terme de cowboy pour justifier notre action à l’étranger ? Techniquement, le mot fait référence à l’article 51 de la charte des Nations unies. Il stipule qu’un État peut faire la guerre en cas d’agression. Il riposte à une attaque ; c’est de la légitime défense qualifiée "de droit naturel d’un État" par l’ONU.

     

    Est-ce pour autant le cas de la France en Syrie ? Non. D’abord parce que la charte régit les relations entre États. Dans l’esprit des Nations unies, il s’agit d’une agression d’un État contre un autre État. En 1945, date de la rédaction de la charte, la notion de terrorisme est encore relativement neuve. On n’imaginait pas d’un jour on devrait lever une coalition internationale, envoyer des avions de chasse, des portes-avions pour faire la guerre à une organisation non étatique. D’autant que lorsque l’on qualifie Daesh d’État islamique, le poil de nos gouvernants se hérisse.... Difficile d’invoquer l’article 51.

    Mais quand bien même il s’agirait de répondre à une attaque terroriste comme le justifie les USA depuis le 11-Septembre, encore faut-il être précis. L’attaque terroriste menée sur notre sol contre Charlie Hebdo l’a été par des ressortissants nationaux et non pas étrangers, et revendiquée par Al-Qaida au Yémen. Pas par Daesh. Si légitime défense il y a, elle nous autoriserait à frapper Al-Qaida au Yémen et pas Daesh en Syrie. Pourtant c’est bien de Syrie que provient le danger. Ça c’est indéniable. En revanche si l’on en revient au principe, si l’on cherche à qualifier précisément ce que la France fait en Syrie il faudrait parler de frappes préventives. Mais problème. Le dernier à avoir utilisé ce principe était G. Bush en Irak. Difficile de s’en prévaloir.

    En tout cas, dans le droit international ça ne rentre pas ; la seule instance à pouvoir décider d’une action militaire préventive est le conseil de sécurité de l’ONU avec le vote d’une résolution. Mais sur la Syrie pas de résolution. Moralité, la France comme les USA et aujourd’hui la Russie bombardent en Syrie selon un vieux principe très simple : mieux vaut les éliminer là-bas et ne pas attendre qu’ils arrivent chez nous. Dans les westerns, ça s’appelle dégainer le premier. C’est efficace, en l’occurrence nécessaire, mais ça ne fait pas une base légale, ni une posture plus digne que les autres.

     

     

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