Dans ce contexte, le projet du ministère de la Santé de créer un statut de contractuel permanent par décret, inscrit à l’ordre du jour du Conseil supérieur de la FPH qui se réunit aujourd’hui mercredi, ne passe pas. Le projet de décret modifiant le décret du 6 février 1991 relatif aux agents contractuels prévoit de renforcer leurs droits et notamment de créer des commissions statutaires. Pour Philippe Crépel, « le problème n’est pas tant le renforcement des droits, tout à fait légitime, que le contexte dans lequel cela se passe. Créer une représentativité des salariés n’est pas une mauvaise chose, car tous les salariés ont le droit d’être défendus. S’ils n’étaient pas nombreux, il serait logique de leur créer ces droits. Le problème, c’est qu’ils sont très nombreux. On ne peut pas créer des droits si on ne résorbe pas la précarité. C’est un préalable. » « Vouloir dans ce projet de décret instituer des commissions consultatives paritaires confirme que c’est la création d’un second statut. Instaurer la représentativité des personnels contractuels pour un corps précaire, c’est instaurer la permanence des emplois précaires », estime pour sa part Denis Garnier. Le gouvernement consacre le développement durable de la précarité, résume FO. Pour ce syndicat, les 200 000 contractuels vont « perdre toute espérance d’être un jour titularisés et donc de pouvoir travailler sereinement dans un emploi permanent et stable et non soumis aux aléas financiers d’un hôpital »
« Tant qu’il n’y aura pas de négociation sur la résorption de l’emploi précaire, on ne sera pas favorable à ce décret », insiste Philippe Crépel, pour la CGT. Pour les deux syndicats, l’hôpital est en train de revivre le même scénario créé à la Poste il y a 20 ans. Il y avait à l’époque 650 000 titulaires, contre 150 000 en décembre dernier. Une évolution rendue possible par la multiplication des contrats de travail de droit privé. « Nous constatons aujourd’hui qu’il y a une volonté politique de maintenir et d’accentuer le nombre de contractuels parce que ce sont la variable d’ajustement budgétaire des établissements, insiste FO. De fait, les contractuels coûtent moins cher, ils n’ont pas d’évolution de carrière, pas de prime, se mobilisent peu, soit au final un coût inférieur d’environ 20 % à celui d’un titulaire. « On nous répond qu’il faut ce texte pour sécuriser le parcours professionnel des agents non titulaires. Pour nous, la meilleure sécurisation qu’on peut leur proposer, c’est la titularisation », insiste FO et la CGT. « Sur les 200 000 contractuels, 119 958 sont des agents de catégories C, qui pourraient être stagiérisés sans aucune difficulté réglementaire. Mais pour cela il faudrait avoir une véritable volonté politique de rompre avec la précarité accrue que nous observons dans nos établissements ! », conclut Denis Garnier. Et de prévenir : « Le projet de décret soulève la colère des syndicats. Si le gouvernement ne retire pas son projet, il y aura un clash. »
